Le collectif Parenthèse est une association montpelliéraine spécialisée dans l’architecture éphémère. Nous avons rencontré deux de ses membres alors qu’ils achevaient de monter la structure qu’ils ont conçue pour les festivaliers d’Ocean Climax, à quelques heures de l’inauguration. Présentation d’un collectif créatif et engagé.

Rémi et JB - Collectif Parenthèse
Rémi et JB dans la structure qu’ils ont conçue pour le festival Ocean Climax 2016 – © Sophie Bouchet

Rémi et JB ont les mains sales et les traits tirés. Ils portent sur eux la marque du travail acharné qu’ils ont fourni pendant cette intense semaine de préparation. Aux abords de la petite scène du festival, à proximité des principaux points de restauration, ils contemplent leur installation. Une structure angulaire de bois et d’acier vient auréoler une dizaine de tables de pique-nique. Chaque arc de la charpente se place en léger décalage par rapport au précédent de telle sorte qu’il s’intègre à l’ensemble dans un mouvement continu. La perspective crée une dynamique de sens, le regard se donne à errer le long de la vague formée par l’ossature. Dans le silence relatif de cette après-midi pré-inaugurative, on imagine déjà l’espace prendre vie, quand il sera habité par les éclats de rire et éclaboussé par les gobelets qui trinquent.

JB - Collectif Parenthèse
© Sophie Bouchet

Le collectif Parenthèse, c’est d’abord l’histoire de sept copains rencontrés sur les bancs de l’école d’architecture de Montpellier. Guidée par l’envie de passer du papier aux constructions réelles, la bande des sept a monté son association pour se confronter à la matière et au public. Ils ont fait le choix de l’architecture éphémère, plus légère dans sa structure, plus facile d’accès, aussi parce qu’elle oblige à une transversalité, un dynamisme et un questionnement permanents.

Le propre de l’architecture éphémère est en effet d’être circonscrite non seulement à un espace mais à un temps donné. Dans l’éphémère il y a un début qu’on maitrise, il y a une fin qu’on décide, et tout ce qui existe entre les parenthèses est le propre de l’histoire qui se noue entre l’œuvre et son public, et dont le destin échappe à ses concepteurs. C’est d’ailleurs à cela que les architectes jugent de la réussite d’une installation, à l’appropriation qui en est faite par le public. « Bon là c’est sûr on prend peu de risques, il y a des tables, il y a à manger ! » plaisante JB.

JB - Collectif Parenthèse
Jean-Baptiste © Sophie Bouchet

Sur Climax ils sont cinq à avoir directement participé au projet. Ils ont été appelés tard sur l’événement, ce qui les a contraints à travailler dans l’urgence. Un facteur qui les a boostés plus qu’il ne les a frustrés, tant la débrouillardise est au cœur de leur démarche de création.

« On a étudié ensemble les besoins. Il y a une grande jauge, tout se passe ici, il y a un espace de vie qui est créé de 17h à 2h du mat. Donc il fallait que les gens puissent s’assœir, avoir de l’ombre, manger, discuter, se rencontrer, etc. On a réfléchi à plusieurs trucs en fonction de la densité de ce qu’il se passait et ils nous ont proposé des tables de pique-nique. Ils nous ont dit « vous en avez 10 et vous vous débrouillez avec ça ». On a demandé un peu de bois, on a composé un peu avec ce qu’on avait. »

Débrouillardise et adaptabilité donc, qui ne peuvent se faire sans les nécessaires coups de main octroyés de-ci de-là par les différents membres de l’équipe du festival.

« On a énormément bossé avec d’autres gens. Toute l’équipe est vraiment cool ici. Ce ne sont que des gens qui kiffent l’événement. Ce sont des passionnés. Du coup ils ne vont pas hésiter à minuit et demie à faire « bon allez ok on prend 1 heure ». Ils nous filent du temps, ils nous filent de la matière. »

Et c’est précisément cette énergie solidaire que les membres du collectif sont venus retrouver cette année. Après une collaboration réussie sur l’édition 2015 lors de laquelle ils étaient en charge de la scénographie de la partie backstage, ils ont demandé cette année à investir l’espace consacré au public. « Parce que ce n’est pas notre truc à la base de faire du VIP, tous nos chantiers sont ouverts à la participation. »

JB & Rémi - Collectif Parenthèse
© Sophie Bouchet

Un positionnement peu étonnant pour ces acteurs qui ont choisi d’endosser pleinement la part de responsabilité sociale qui incombe à leur travail. Profondément attachés à la notion d’intérêt public inhérente au métier d’architecte, ils savent que leur activité est éminemment politique, au sens premier du terme. Avant d’être des techniciens du bâtiment, ils sont d’abord des acteurs clés de l’aménagement des territoires, en particulier urbains. Pour Rémi et JB en tout cas c’est clair, toute démarche de conception architecturale doit être guidée en amont par le contexte social et environnemental dans lequel elle s’inscrit.

C’est aussi pour cela que l’engagement écologique du festival résonne en eux. « Ça nous parle complètement. Déjà on bosse pas mal en matériaux de réemploi. Tables, bois, coton gratté, on ne travaille presque que de la récup » indique Rémi. Mais plus que d’écologie, c’est d’intelligence de conception qu’ils préfèrent parler. « On ne va pas gaspiller sur nos installs, on va réutiliser si on peut, et on ne va pas faire des trucs démesurés qui n’ont aucun rapport avec l’usage. On est dans une logique de bon sens, je pense que c’est plus ça le terme, et ça rejoint la vraie écologie à mon sens » ajoute JB.

Rémi - Collectif Parenthèse
© Sophie Bouchet

Après plus d’une semaine à avoir donné beaucoup de leur temps et d’eux-mêmes sur le projet, JB, Rémi et les autres membres du collectif présents vont enfin pouvoir souffler. « Quand le festival commence, nous on a fini, ça ne nous appartient plus. » Peut-être auront-ils alors l’occasion de recevoir leur plus belle récompense, celle que leur font parfois les usagers lorsqu’ils s’approprient une installation sous une forme totalement inattendue. « La surprise, ça c’est vraiment cool » acquiesce Rémi, « parce que chaque personne interprète différemment une installation d’architecture éphémère. Il se l’approprie dans son usage mais aussi dans son imaginaire. »

La journée touche à sa fin, les premiers festivaliers sont sur le point d’arriver. On actionne les jeux de lumière et la structure s’illumine. La parenthèse est désormais ouverte. D’ici à ce qu’elle se referme, il n’y a plus qu’à contempler, et se laisser surprendre.


Retrouvez les réalisations de JB, Rémi, Fabien, Phong, Rajh, Joris et Maroua sur le site du collectif : www.collectifparenthese.com

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